Une première approche concernant le thème de l’égalité

Lors que j’ai du écrire un travail de maturité sur les quotas de genre en politique et dans les conseils d’administration, c’était la première fois que je me penchais sur les thèmes de l’égalité des genres et du mouvement des femmes, et j’ai d’abord été un peu horrifié.

Dès les premières recherches, on se rend en effet compte qu’une véritable égalité – même après le mouvement engagé des femmes au XXe siècle, qui a eu un rôle positif sur le rôle des femmes et qui a contribué à davantage de droits sociaux et économiques pour les femmes ainsi qu’à des avancées dans l’égalité des genres dans le monde occidental – n’existe pas encore, et qu’il semble difficile d’éliminer les inégalités entre les genres. En outre, on remarque rapidement que les femmes sont sous-représentées en général: pas uniquement dans les parlements et assemblées, organes exécutifs, au sein des partis, dans les conseils d’administration d’entreprises, dans l’administration publique, dans le secteur financier ainsi que dans les tribunaux, mais aussi dans les secteurs du sport, des médias, de la science, de la recherche et de l’éducation. De plus, des indicateurs relatifs à l’égalité entre les femmes et les hommes et à la discrimination envers les femmes (Gender Equality Index, Global Gender Gap Index, Glass-ceiling Index, etc.) montrent que nous sommes encore loin d’une égalité des genres et qu’il règne encore une forte ségrégation de genre verticale et horizontale sur les marchés du travail correspondants. Un exemple en est la Suisse.

En effet, les stéréotypes de genre sont fortement enracinés et ancrés dans la société suisse et sont donc difficiles à éliminer – un facteur essentiel lorsqu’on s’intéresse à la discrimination liée au genre. La professeure Paola Profeta le souligne très bien: «La culture du genre montre comment les rôles des femmes et des hommes sont vus dans la société, leurs responsabilités au sein de la famille et leurs positions sur le marché du travail.»[1]

Mais malgré ces faits bruts, on trouve aussi très vite des publications d’innombrables associations du monde entier qui s’engagent pour atteindre une égalité des genres de manière générale ainsi que l’émancipation de toutes les femmes et filles. C’est par exemple le cas de l’association CH2021: la commémoration du 50e anniversaire du droit de vote des femmes en Suisse offre une occasion parfaite de revenir sur tous les changements qu’a apporté la votation relative au droit de vote des femmes en 1971 – sur ce qui a déjà changé, sur ce qui doit encore changer, afin d’obtenir une véritable égalité en politique, dans la science, dans la culture et dans la société.

Les thèmes de l’égalité des chances et des genres obtiennent enfin la visibilité qu’ils méritent: le fait que l’égalité des genres ait été incluse comme objectif à part entière de l’Agenda 2030, qui est à mettre en œuvre dans le monde entier par tous les États membres des Nations Unies, en est une preuve. La lutte contre la discrimination liée au genre est donc devenue un défi mondial, car celle-ci constitue un des plus grands obstacles à un développement durable et une croissance économique. Chaque pays de cette planète est ainsi forcé d’apporter sa contribution pour atteindre une égalité dont profitent la société et l’humanité toute entière.

Les jeunes sont l’outil le plus important pour atteindre cet objectif crucial, et je fais entièrement confiance à ma génération et à toutes les suivantes, car je suis absolument sûr que l’égalité des genres est un objectif atteignable.

Edoardo Aostalli, Lycée cantonal Mendrisio, 3e classe  

[1] P. Profeta, Parità di genere e politiche pubbliche. Misurare il progresso in Europa, Milano 2021

 

Comment juger un demi-siècle?

Comment juger un demi-siècle?

Cela fait désormais un demi-siècle que les femmes sont autorisées à faire usage du droit fondamental démocratique en Suisse. Jetons un regard en arrière (pour la énième fois au moins depuis le milieu de l’année dernière) et posons-nous la question: Où en sommes-nous aujourd’hui?

A titre d’exemple, procédons à une évaluation à l’aide des chiffres les plus facilement disponibles: la proportion de femmes dans les instances politiques (Derungs et al., 2014, p.60). Un rapide coup d’œil à 2019 pourrait nous faire croire que notre bilan est exceptionnel. Aussi bien au Conseil national qu’au Conseil des États, le pourcentage de femmes parlementaires n’a jamais été aussi élevé (FSPJ, 2020). Mais ces chiffres sont-ils représentatifs de tout ce qui a changé ces 50 dernières années?

Des données incomplètes

Nous pouvons nous demander dans quelle mesure le terme générique «femmes» est représentatif. En effet, un second coup d’œil montre que les femmes politiques sont en moyenne bien éduquées et à peine plus jeunes que leur droit de vote. Qu’en est-il alors de la participation des femmes jeunes? Qu’en est-il de la participation en politique des personnes non blanches, des femmes non universitaires, des personnes homosexuelles – ou des individus qui appartiennent à plusieurs de ces catégories? La situation des données ne permet pas vraiment de tirer des conclusions à ce sujet en Suisse (Derungs et al., 2014, p. 96).

Parallèlement à cela, on peut aussi se demander dans quelle mesure l’examen de la répartition du Parlement est significatif. Après tout, les activités parlementaires ne représentent qu’une partie de la participation politique. D’autres aspects pourraient être étudiés à travers le développement de la participation aux votations et aux élections des femmes ou des engagements dans le cadre de mouvements politiques non institutionnalisés (FSPJ, 2021b). Ou pourquoi les femmes sont moins susceptibles de se présenter aux élections en dépit de leur intérêt et de leurs chances comparativement élevées (FSPJ, 2021a).

La participation au-delà des chiffres

En dehors de ces chiffres, on peut aussi se demander quelle est la participation mesurée en pratique. Les hommes ont tendance à plus s’exprimer, également dans les comités où la proportion de femmes est plus élevée (Observer, 2019). Et les femmes politiques subissent de plus en plus d’attaques racistes et sexistes à cause de leur présence dans l’espace public (Republik, 2021). Comment les femmes politiques se perçoivent-elles dans leur rôle? Comment composent-elles avec les structures dans lesquelles elles travaillent? Des enquêtes représentatives pour la Suisse font défaut à ce sujet aussi.

Cette recherche en particulier serait essentielle pour évaluer les 50 dernières années. Si l’on part du principe que l’objectif du droit de vote est de permettre à des personnes majeures de participer aux décisions politiques (Küng, 2020), nous devons aussi nous en servir comme d’une référence lorsque nous regardons le passé. Pour cela, il nous faut examiner de plus près trois sujets.

Que signifie participer?

Premièrement, il serait judicieux d’examiner ce qui se passe ou doit se passer avant la participation. Si les femmes ne se voient pas (ne veulent pas se voir) dans un système de milice, il convient de se demander à quoi cela est dû. Et si nous souhaitons favoriser l’activité de milice, les femmes devraient exprimer comment les candidat.e.s peuvent être promus de la meilleure façon possible.

Deuxièmement, nous devons énoncer plus clairement ce que nous entendons par «participation». S’agit-il seulement d’augmenter la part en nombre ou d’y intégrer aussi des caractéristiques qualitatives? Tant la terminologie que la fixation d’objectifs semblent manquer de clarté dans les discussions sur les progrès depuis 1971.

Et troisièmement, nous devons définir les critères grâce auxquels nous évaluons l’évolution de ces dernières décennies. Nous fixons implicitement certains critères lorsque nous parlons du chemin parcouru depuis l’introduction du droit de vote des femmes. Mais seule une confrontation explicite nous permet de rendre visibles les lacunes. Dans quelle mesure tenons-nous compte des différentes expériences au sein du terme générique de «femme active en politique»? Comment jugeons-nous la participation des personnes qui ne rentrent pas dans une case ou, au contraire, dans plusieurs? A quel moment la participation est-elle considérée comme complète – 42 % au Conseil national sont-il suffisants?

De telles questions et d’autres similaires seraient essentielles dans les discussions sur la participation politique, en particulier en cette année anniversaire. Bien entendu, il n’existe pas une seule bonne réponse. Mais si nous ne nous posons pas ces questions, une évaluation adaptée paraît difficile.

À propos de l’auteur

Léonie Hagen est présidente du Conseil des jeunes de Brig-Glis et membre du conseil d’administration de la Fédération Suisse des Parlements des Jeunes (FSPJ)

Références

Beobachter, 2019. Dans le Palais fédéral, les femmes parlent moins.

Derungs, Flurina, Lüthi, Janine, Schnegg, Brigitte, Wenger, Nadine, Ganzfried, Miriam. 2014. Égalité entre les femmes et les hommes. Le plan d’action de la Suisse: bilan 1999-2014. Bureau fédéral de l’égalité entre femmes et hommes.

FSPJ, 2021. Le triomphe des femmes se poursuit-il à tous les niveaux du fédéralisme?

FSPJ, 2021. La participation politique des femmes est-elle différente de celle des hommes?

FSPJ, 2020. Le Parlement 2019-2023 – représentatif de la jeunesse?

Küng, Zita. 2020. Penser la démocratie. CH2021.

Republik, 2021. Malheur à elles, si elles ouvrent la bouche.

Campagne #NCCRWomen

Quel rôle jouent les femmes dans la recherche scientifique en Suisse ? À l’occasion du 50ème anniversaire du droit de vote et d’éligibilité des femmes en Suisse, les Pôles de Recherche Nationaux suisses ont uni leurs forces pour une campagne vidéo soulignant l’importance des femmes dans le paysage de la recherche suisse.  

Un Pôle de Recherche National, ou PRN, est un instrument de financement du Fonds National Suisse de la recherche scientifique destiné à mettre en place un réseau de recherche composé de scientifiques basés en Suisse qui travaillent ensemble pour résoudre un problème ou une question. Actuellement, 22 PRN s’intéressent à presque tous les sujets imaginables : de la physique quantique ou de l’utilisation de robots pour une architecture plus durable aux causes physiologiques des maladies mentales ou à l’origine et à l’évolution des planètes. Il y a 50 ans, les femmes ne représentaient qu’une infime minorité dans la recherche : seulement 1 % des femmes étaient titulaires d’un diplôme universitaire en Suisse (Ein Portrait der Schweiz : Ergebnisse aus den Volkszählungen 2010-2014). Aujourd’hui encore, la parité entre les sexes est loin d’être atteinte, notamment dans les sciences techniques et de l’ingénieur, et la proportion de femmes scientifiques diminue au fur et à mesure que l’on monte dans l’échelle hiérarchique. La situation s’est toutefois nettement améliorée au cours des dernières décennies et les femmes jouent aujourd’hui un rôle central dans tous les domaines de la recherche en Suisse.

Les PRN suisses veulent montrer au public que les chercheuses sont actives et essentielles dans tous les domaines de la science. Les femmes sont mathématiciennes, chimistes, ingénieures, biologistes, médecins, sociologues, architectes, linguistes, astronomes… Nous voulons donner envie aux jeunes filles et aux femmes de faire carrière dans la recherche en leur montrant à quoi ressemble le quotidien d’une scientifique et en leur faisant partager notre passion pour la recherche.

Du 8 mars, Journée internationale de la femme, au 31 octobre 2021, 50 ans jour pour jour après la première votation fédérale à laquelle les femmes ont pu participer, chaque PRN diffusera une série de vidéos présentant le travail de certaines de ses femmes scientifiques inspirantes.

Les vidéos sont sous-titrées en français, allemand et anglais et sont disponibles sur YouTube et Instagram. 

Vidéos en anglais / Vidéos en allemand :

« Je suis vraiment fascinée par le monde de la physique quantique. Il semble si éloigné de notre réalité, et pourtant il en est au cœur. » Chiara Decaroli

« N’ayez pas peur d’essayer de nouvelles choses et de vous lancer des défis. Cela ouvre de nouvelles portes et de nouvelles opportunités. » Mahsa Rahimi-Siegrist

« Ayant grandi dans une petite ville du Kentucky, je n’aurais jamais pu imaginer devenir une scientifique. Mais j’aime travailler dans un laboratoire depuis le premier jour. » Alyson Hockenberry

« Pour moi, cela se résume à la curiosité. Une question mène à la suivante. Essayer d’y répondre est un défi, mais c’est très amusant. » Inés Ariza:

Grève des femmes 14 juin 2021

Démocratie: à toute vapeur!
Chère lectrices, chers lecteurs,
Le 14 juin est une date importante pour notre démocratie. En 1981, les femmes et les hommes suisses ont approuvé le contre-projet à l’initiative populaire «Égalité des droits entre hommes et femmes» et ont intégré ce principe à la Constitution. Mais, ce détail en dit long: si seuls les hommes avaient voté, ce principe aurait été rejeté.Ainsi, ce sont majoritairement les femmes qui ont réclamé l’égalité des droits. Depuis, le fait que l’égalité des droits devrait s’accompagner d’une égalité effective dans la vie de tous les jours est régulièrement rappelé aux consciences. Aujourd’hui encore, la société se montre peu réceptive.
Chère lectrices, chers lecteurs,
Le 14 juin est une date importante pour notre démocratie. En 1981, les femmes et les hommes suisses ont approuvé le contre-projet à l’initiative populaire «Égalité des droits entre hommes et femmes» et ont intégré ce principe à la Constitution. Mais, ce détail en dit long: si seuls les hommes avaient voté, ce principe aurait été rejeté.Ainsi, ce sont majoritairement les femmes qui ont réclamé l’égalité des droits. Depuis, le fait que l’égalité des droits devrait s’accompagner d’une égalité effective dans la vie de tous les jours est régulièrement rappelé aux consciences. Aujourd’hui encore, la société se montre peu réceptive.

« Nombre de femmes (et d’hommes) sont insatisfaits quant à la mise en œuvre de ce principe démocratique. Aussi sont-ils prêts à rapporter cette réalité à l’opinion publique et à mener le débat. » Zita Küng
Les points du programme du 14 juin 2021 dans toute la Suisse montrent clairement une chose: nombre de femmes (et d’hommes) sont insatisfaits quant à la mise en œuvre de ce principe démocratique. Aussi sont-ils prêts à rapporter cette réalité à l’opinion publique et à mener le débat. C’est indispensable. Notre Constitution n’est pas une «lettre morte» mais un droit!Pourquoi le comité de l’association CH2021 a-t-il rédigé un manifeste le 7 février 2021? D’une part, parce qu’il est crucial de susciter une prise de conscience sur le fait que le droit de vote et d’élection pour les femmes suisses n’est pas venu automatiquement, mais a été obtenu grâce au combat mené par des générations de femmes (et d’hommes). D’autre part, parce qu’il est important que les gens d’aujourd’hui reconnaissent combien le fait que ce droit fondamental ait été refusé aux femmes suisses jusqu’en 1971 était indigne et méprisant.

Dans le troisième point, le manifeste exige: «Prospective: Appel à l’action! «À toute vapeur!» Nous demandons au Conseil fédéral pour la prochaine session de prévoir une journée de connaissance et de reconnaissance de l’injustice et des conséquences du refus du droit de vote des femmes. Le but est d’élaborer, sur la base des déficits identifiés, un plan d’action contraignant dans le temps pour la
concrétisation de l’égalité juridique et effective. La connaissance et la compréhension acquises devraient conduire l’Assemblée fédérale unie, le gouvernement, mais aussi le grand public, en particulier les électeurs et les électrices, à prendre conscience de leur responsabilité collective dans la création de rapports sociaux permettant de surmonter la discrimination – sous toutes ses formes.»

Les responsables et l’ensemble de la population suisse sont appelés à prendre cette question au sérieux.

En ce sens, nous souhaitons à toutes les femmes et tous les hommes actifs beaucoup de succès, ce 14 juin 2021!

Zita Küng, présidée

Nombre de femmes (et d’hommes) sont insatisfaits quant à la mise en œuvre de ce principe démocratique. Aussi sont-ils prêts à rapporter cette réalité à l’opinion publique et à mener le débat.

Les points du programme du 14 juin 2021 dans toute la Suisse montrent clairement une chose: nombre de femmes (et d’hommes) sont insatisfaits quant à la mise en œuvre de ce principe démocratique. Aussi sont-ils prêts à rapporter cette réalité à l’opinion publique et à mener le débat. C’est indispensable. Notre Constitution n’est pas une «lettre morte» mais un droit!Pourquoi le comité de l’association CH2021 a-t-il rédigé un manifeste le 7 février 2021? D’une part, parce qu’il est crucial de susciter une prise de conscience sur le fait que le droit de vote et d’élection pour les femmes suisses n’est pas venu automatiquement, mais a été obtenu grâce au combat mené par des générations de femmes (et d’hommes). D’autre part, parce qu’il est important que les gens d’aujourd’hui reconnaissent combien le fait que ce droit fondamental ait été refusé aux femmes suisses jusqu’en 1971 était indigne et méprisant.

Dans le troisième point, le manifeste exige: «Prospective: Appel à l’action! «À toute vapeur!» Nous demandons au Conseil fédéral pour la prochaine session de prévoir une journée de connaissance et de reconnaissance de l’injustice et des conséquences du refus du droit de vote des femmes. Le but est d’élaborer, sur la base des déficits identifiés, un plan d’action contraignant dans le temps pour la
concrétisation de l’égalité juridique et effective. La connaissance et la compréhension acquises devraient conduire l’Assemblée fédérale unie, le gouvernement, mais aussi le grand public, en particulier les électeurs et les électrices, à prendre conscience de leur responsabilité collective dans la création de rapports sociaux permettant de surmonter la discrimination – sous toutes ses formes.»

Les responsables et l’ensemble de la population suisse sont appelés à prendre cette question au sérieux.

En ce sens, nous souhaitons à toutes les femmes et tous les hommes actifs beaucoup de succès, ce 14 juin 2021!

Zita Küng, présidée

Cinquantième anniversaire du droit de vote des femmes en Suisse

L’Irish Business Network (IBN) Switzerland est un réseau de professionnels qui résident et/ou travaillent en Suisse, de nationalité irlandaise ou ayant un lien avec l’Irlande.

Le 4 mars 2021 s’est tenu un débat intellectuellement stimulant au cours de la conférence organisée par l’Irish Business Network, en présence d’un remarquable groupe d’intervenantes: Zita Küng, présidente de CH2021, première directrice du Bureau de l’égalité de la ville de Zurich; Alkistis Petropaki, directrice de WeAdvance; Marialuisa Parodi, présidente de FAFTPlus au Tessin et Tabi Haller-Jorden, ancienne directrice de Catalyst Europe et présidente-directrice générale de The Paradigm Forum. Ces expertes se sont penchées sur le cinquantième anniversaire du droit de vote des femmes au niveau fédéral suisse, récemment célébré, et ont partagé leur vaste expérience avec leur auditoire.

Ce débat a retracé l’histoire de ce vote et le long chemin parcouru pour parvenir à l’égalité, un chemin dont l’horizon demeure encore très lointain aujourd’hui. Pour mieux appréhender la situation actuelle, la coprésidente de l’IBN, Geraldine O’Grady, a ensuite commenté le débat et évoqué «l’oppression intériorisée» des femmes en Suisse, qui lui a rappelé ce que certains historiens appellent «l’impuissance apprise» dont souffraient les paysans irlandais pauvres à l’époque de la famine. Ce qui fut une véritable tragédie pour l’Irlande l’est-il également pour la Suisse et les Suissesses encore aujourd’hui?

Infrastructure et obstacles

Un échange sur la situation actuelle, les obstacles au progrès et la nécessité d’une évolution de la culture et des mentalités a amorcé le débat. C’est avec consternation que la rareté des participants masculins à cet événement a été constatée, car il est avéré que les problèmes liés à l’égalité des sexes ne sont pas des problèmes «de femmes», mais affectent négativement l’ensemble des membres de la société – ici comme ailleurs.

Les problèmes infrastructurels de la Suisse, tels que les emplois du temps scolaires fragmentés, le manque de crèches, les idées préconçues sur la place des femmes dans la société et le nombre de femmes travaillant à temps partiel – le plus élevé de l’OCDE – ont été abordés au cours du débat. Si le travail à temps partiel semble être une solution satisfaisante à court terme pour pallier ces infrastructures scolaires et ces crèches peu accommodantes, le nombre de femmes ne disposant pas de ressources financières suffisantes à l’âge de la retraite est inacceptable, la féminisation de la pauvreté étant un problème bien réel.

Indépendance financière

L’indépendance et la sécurité financières ont été abordées, soulignant l’importance pour les femmes d’être financièrement responsables de leur propre bien-être. On apprend ainsi qu’aux États-Unis, si près de 30% des femmes âgées de 18 à 35 ans gagnent plus que leur partenaire, un changement intervient (probablement) à la naissance des enfants. C’est à ce stade que les obstacles et les choix cornéliens deviennent la norme. Cette situation a abouti et continue d’aboutir à une profonde dépendance des femmes vis-à-vis de leur partenaire, d’où la nécessité d’éduquer les jeunes à la responsabilité financière, et ce le plus tôt possible.

Faire évoluer les esprits et les mentalités

Comment faire évoluer les mentalités d’une société pour garantir l’égalité de traitement et des chances? La croyance selon laquelle les enfants souffrent de la représentation paritaire des femmes doit disparaître de toute urgence. En effet, plusieurs études suisses révèlent une corrélation positive entre la fréquentation de crèches de qualité et les progrès scolaires, comme l’a indiqué Brigid O’Donovan, coprésidente de l’IBN, au cours du débat.

Devons-nous changer nous-mêmes ou changer le système dans lequel nous évoluons? La discussion qui a suivi sur la formation professionnelle et le courage moral nécessaire pour défendre ses intérêts s’est avérée cruciale. L’animatrice de ce débat, Mary Mayenfisch, a insisté sur la nécessité d’une meilleure protection et d’une législation permettant aux voix des personnes faisant preuve de ce courage d’être entendues et protégées. Il est intéressant de noter qu’aujourd’hui encore, la protection des voix dissidentes et des lanceurs d’alerte n’est pas assurée par le droit suisse. Le courage moral est indispensable pour opérer les changements nécessaires à une société, mais la protection juridique des personnes qui appellent à ces changements est également primordiale. Les participants ont ainsi été incités à ne pas se contenter d’attendre que les changements politiques nécessaires se produisent, mais à se demander s’ils incarnent eux-mêmes les valeurs qu’ils défendent en matière d’équité. Tous autant que nous sommes, qu’avons-nous fait pour témoigner de notre attachement à ces objectifs?

Les femmes en politique et dans l’entreprise

La présence nécessaire des femmes en politique a fait l’objet d’un échange, au cours duquel il a été fait référence à deux études récentes menées en Suisse (en version française ci-dessous)[1]. Parmi les questions soulevées, citons le conflit entre activité professionnelle et éducation des enfants, la quantité considérable de travail non rémunéré et sous-estimé effectué par les femmes au bénéfice de la société, et l’augmentation bienvenue du nombre de femmes qui entrent dans l’arène politique.

Dans le domaine professionnel, Alkistis Petropaki a mentionné les travaux menés avec l’Université de Saint-Gall, le Gender Intelligence Report et le Maturity Compass, ainsi que les quatre stades définis par le Gender Maturity.

Les intervenantes ont fait remarquer que la présence d’un plus grand nombre de femmes au sein des conseils d’administration entraîne une augmentation des bénéfices; comme l’a déclaré l’une des intervenantes en citant Viviane Reding, ancienne vice‑présidente de la Commission européenne, «je n’aime pas les quotas, mais j’aime ce qui en résulte». Comme il est clairement démontré que des équipes et des conseils d’administration mixtes assurent de meilleurs bénéfices aux entreprises, on peut légitimement se demander pourquoi les conseils d’administration suisses ne comptent pas plus de femmes.[2]

Qu’en est-il également de la corrélation entre les femmes politiques et les femmes dans l’entreprise? Une alliance pourrait-elle voir le jour en Suisse afin de peser davantage en faveur du changement? De nombreuses multinationales implantées sur le territoire se soucient beaucoup de mixité, d’intégration et d’égalité, mais se rapprochent-elles des politiciens suisses qui luttent pour ces mêmes droits?

Par-delà les frontières suisses, le cas du Rwanda a été évoqué: ce pays compte le plus grand nombre de femmes parlementaires au monde, et son gouvernement est incroyablement efficace. Un exemple à suivre pour la Suisse?

Enfin, la prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) par les entreprises pour améliorer leurs performances et leur gestion, le faible nombre de femmes en Suisse prêtes à s’engager dans des activités entrepreneuriales naissantes (7,3% contre 12,3% d’hommes), la nécessité d’appuyer les femmes plutôt que de les encadrer, le rôle de la sociologie et son importance en matière de progrès, ainsi que la répartition inégale du travail sont autant de thèmes à aborder, mais pour lesquels le temps a malheureusement fait défaut.

Pour aller plus loin, vous pouvez consulter ce manifeste envoyé au Conseil fédéral suisse par Zita Küng et les membres de CH2021.ch à l’occasion du cinquantième anniversaire du vote – le 7 février 2021 – demandant instamment au Gouvernement suisse de mettre en place un plan d’action pour assurer une égalité réelle… et immédiate.

[1] Tresch, Anke; Lauener, Lukas; Bernhard, Laurent; Lutz, Georg et Laura Scaperrotta (2020). Élections fédérales 2019. Participation et choix électoral. FORS-Lausanne. DOI: 10,24447/SLC-2020-00002.

Seitz, Werner (2020). Les femmes lors des élections fédérales de 2019: Un grand pas en avant au Palais fédéral – Avec une analyse complémentaire de l’élection des femmes dans les parlements et les gouvernements cantonaux de 2015 à 2019. Commission fédérale pour les questions féministes CFQF. Berne: juin 2020, 24 p.

[2] https://www.schillingreport.ch/en/mediarelease-schillingreport-2020/

A propos Mary Mayenfisch-Tobin

Mary Mayenfisch-Tobin, une avocate irlandaise, a travaillé dans différents cabinets privés en Irlande avant de s’installer à Lausanne, lors de son mariage en 1987. Elle a étudié le français et obtenu un LLM en droit économique européen et international à l’Université de Lausanne en 1992. En 2017, elle est devenue médiatrice. Après avoir enseigné le droit à l’Ecole Hôtelière de Lausanne, à l’Université de Pepperdine (Suisse) et dans d’autres institutions académiques, elle continue aujourd’hui de travailler dans le domaine de l’éducation. Présidente du club de Lausanne de l’association BPW (Business & Professional Women) de 2010 à 2014, elle est l’actuelle Présidente du CLAFV Centre de Liaison des Associations Féminines Vaudoises, membre de la Commission consultative cantonale de l’égalité et membre du comité de Politiciennes.ch dans le canton de Vaud.

Swiss democracy and the public humiliation of women

L’article de blog suivant a été aimablement mis dans sa langue d’origine à notre disposition par Gender Campus, la plateforme des Etudes Genre, de l’égalité des chances et de la diversité dans les hautes écoles suisses. Merci également à l’auteure Patricia Purtschert.

This year, Switzerland remembers the introduction of voting rights for all its citizens. Fifty years ago, on February 7, 1971, women were enfranchised. This moment was preceded by 123 years of male-only suffrage, granted in 1848 to a selected group of men that initially excluded poor and Jewish men. Even today, voting rights are not granted for anyone without a Swiss passport.

The 50-year anniversary opens up important discussions about the injustice done to women, including the call for an official apology. The CH2021 initiative has published a manifesto proposing that the Federal Council launch an official “day of remembrance” in parliament, and commit to a “binding action plan to realize true equality”.

In this blog entry, I want to take a close look at one dimension of the injustice done to women. Referring to six moments in the lives of path-making women, my aim is to make visible the specific humiliation directed at women who have dared to enter the public space in order to raise their voice and participate in political decision-making. On the level of national politics, this history includes the social democratic politician Lilian Uchtenhagen who lost her attempt to be voted onto the Federal Council in 1983; the forced resignation of the first female Federal Councilor Elisabeth Kopp in 1988; and the parliament’s refusal to re-elect Ruth Metzler as the third female Federal Councilor in 2003. However, and as the stories below demonstrate, the long and largely unacknowledged history of women’s humiliation in the public sphere both affects and transcends the realm of parliamentary politics. That’s why I start narrating this history of humiliation not from within the parliament – the building itself – but from the public square right in front of it.

On the 22nd of September 2020, a Black woman whose name remains unknown, marches in a demonstration, initiated by illegalized people from different parts of Switzerland. The protest raises the unbearable conditions in which people must live when denied the right to asylum in Switzerland. The protestors, mainly people of color, hold posters with slogans like, “Don’t deal with human lives”, “I don’t want to live in prison” and “Asylum camps are places of violence”. When the group starts marching towards the parliament building in order to take their demands to the seat of Swiss government, they are brutally stopped by the police. With rubber bullets and water cannons, the demonstrators are prevented from entering the Bundesplatz, the public square in front the parliament building. The protesting woman I just mentioned is pregnant and walks together with her child who starts crying when the tear gas hits the crowd. Imagine how it feels when a supposedly democratic state forbids you from being in a public space in order to stand up for your human rights.

On the 5th of May 2011, Maria von Känel leaves the Swiss Federal Court in Lausanne together with her partner Martina and a group of LGBTQ activists. She has just lost her case to adopt their daughter and thus receive parental rights for her own child. Imagine the vulnerability of having one’s intimate relations put on trial like this. The court has argued that the couple had been living in a so-called registered partnership for only three years whereas heterosexual couples needed to be married for five years in order to qualify for a stepchild adoption. The court did not take into consideration how married heterosexuals do not need to adopt their own children in the first place. It also did not recognize that Maria von Känel and her partner, who had been together for thirteen years, were prevented from legally registering their relationship until 2007. In 2018, stepchild adoption for same-sex parents is finally introduced in Switzerland after a continuous struggle, one in which Maria and Martina von Känel have played a decisive role. Even in 2020, when the Federal Parliament voted in support of marriage equality, recognition for children born into a marriage between two women is still restricted by arbitrary, nationalist criteria. At the time of writing, right-wing and fundamentalist religious groups are collecting signatures for a referendum to block the introduction of the marriage equality law.

On the 10th of March 1993, National Councilor Christiane Brunner stands before parliament and withdraws her candidature for a place on the Federal Council. In her speech, she condemns the underhanded culture of politics “in which women can only loose”. For weeks, she has been targeted in a media campaign initiated by an anonymous letter-writer claiming that she had had an abortion and that the writer possessed a nude photo of her. Imagine the courage it takes to hold patriarchal politics accountable at the very moment of your exclusion, all hinging on completely baseless sexist and classist accusations. The subsequent election of a male politician and the reconstitution of an all-male government brings feminist protesters from all over the country to the capital, prompting new elections one week later. It is then that the unionist Ruth Dreifuss becomes the second female and the first Jewish Federal Councilor in Swiss history. Right after her election, she addresses the crowd in front of the parliament building, with Christiane Brunner by her side. For many years, the golden sun badge that they both wear on this day is worn by Swiss women as a symbol of both hope and rage.

On the 30th of November 1971, shortly after Swiss women finally got the right to vote, the first eleven women take their seats in the National Assembly. Among them is Tilo Frey, probably the first Black parliamentarian in Switzerland. This epoch-making shift in political representation is barely touched upon in the media. When it does get mentioned, newspapers write about flowers, colorful handbags, and scarfs adorning the parliament chambers. Tilo Frey is repeatedly singled out, and her political abilities are questioned, for wearing a white dress – the color of suffragettes and festive occasions. The parliamentary dress code is, needless to say, oriented towards men: dark suits. Imagine the affront when such a historic moment is depicted as a side note, women’s political representation reduced to a matter of etiquette, and the one Black woman is portrayed as failing on both counts.

In February 1959, the Basel carnival has a predominant target: women’s struggle for suffrage thwarted by the all-male vote on February 1st. The central target of the spectacle is Basel-based author Iris von Roten, whose feminist magnum opus “Frauen im Laufgitter. Offene Worte zur Stellung der Frau” (“Women in the Playpen. Plain Words about the Situation of Women”) provoked huge public debate before the vote. Many years of careful research preceded the publication of Iris von Roten’s long (600 pages), brilliant and ground-breaking book in fall 1958. Imagine the indignity of your encompassing analysis of contemporary patriarchy being ridiculed in a carnival parade celebrating another victory of men over women. Women’s suffrage is introduced in Switzerland in 1971, making Iris von Roten a full citizen at the age of 54. Her book remains an inspiration and an incentive for feminists to this day.

In February 1939, Frieda Berger, whose name is anonymized due to archival law, writes to Federal Councilor Philipp Etter. It is one of many letters she has sent to decision-makers, stating, in startlingly clear language, that the deprivation of her freedom without a trial was a severe violation of her rights. Frieda Berger earned her livelihood as a domestic worker in households and on farms. In 1930, at the age of 36, she had been placed under guardianship due to “unruly behavior”. Her main offence was her romantic and sexual relations with men she was not married to and her alleged involvement in prostitution. Over the next four decades she spent fifteen years in asylums against her will. Most of her letters to the authorities remained unanswered or poorly answered. Imagine having your freedom in the hands of men who refuse to hear your voice, even if you appeal to the rule of law. Many years after Frieda Berger’s death, historian Tanja Rietmann discovered over 130 of her letters in archives and made her story public. Then, on the 10th of September 2010, 71 years after Berger sent her letter to a member of the Federal Council, Federal Councilor Eveline Widmer-Schlumpf made an official government apology to the many people forced into administrative detention [administrative Versorgung].

These are just six out of many untold stories about Swiss democracy. They refer to various places and protagonists, to diverse struggles and victories, and to very different historical circumstances and contexts. They also make apparent how women’s ability to raise their voices and to gain access to public space is always intertwined with their class, race, sexuality, nationality, or legal status. My aim is not to claim that these women share the same or even similar experiences. Instead, I want to highlight the ongoing practice of humiliating women when they do try to enter the public arena, and the way their humiliation is normalized by the very people who are supposed to represent and uphold “Swiss democracy”.

Writing Swiss history from a feminist perspective means comprehending how the humiliation of women sets the ground for their complicated feelings of un/belonging in the public. This generates a deep sense of anxiety, uneasiness, and trepidation, one which is rarely taken into account when we talk about democracy, participation, and equality. It is a collective affect so often engraved on the faces, voices, and bodies of women exposed to public humiliation. And it is inscribed in the hearts and minds of those who watch(ed) them, including the girls who learn to imagine what their place in the world might be. Yet, the steadfastness, rage, and perseverance of these women also constitutes the ground for political action, social change, and the re-invention of the political – often in ways that could not have been imagined possible before.

Un nouveau roman inspiré de l’histoire des femmes suisses

«Le passé est un pays étranger; Là-bas, on y fait les choses autrement.» Cette célèbre citation de L. P. Hartley ne reflète qu’une partie de la vérité: les événements survenus de mémoire d’homme ne sont ni véritablement étrangers, ni véritablement passés. Songeons à toutes celles et ceux qui ont grandi dans une Suisse où il était parfaitement normal que les femmes ne puissent ni voter, ni disposer de leur propre argent, ni participer à la vie publique.

Mon roman «Le jour où les hommes ont dit non» se déroule le 1er février 1959 – le jour où les hommes ont rejeté par votation le suffrage féminin. Le Parlement avait déjà approuvé en 1958 l’introduction du suffrage féminin tant attendu, mais il lui fallait également obtenir l’approbation de l’électorat suisse. Malgré la volonté du Parlement, la votation a exprimé un refus à hauteur de 66,9 %.

Je vis en Suisse depuis 2003. En tant que journaliste, de nombreuses personnes âgées – femmes et hommes – m’ont fait part de leur expérience de l’exclusion à cette époque. Toutefois, mon intérêt n’est pas purement professionnel. J’aime débattre de ces sujets en privé avec mes amis et ma famille. Un jour, une femme m’a arrêtée dans la rue pour admirer mes filles jumelles. Nous avons rapidement engagé la conversation. Elle m’a raconté qu’elle avait également une sœur jumelle et qu’elles étaient nées dans les années cinquante. Ses parents l’avaient placée à l’orphelinat quand elle était bébé, car sa mère ne pouvait pas s’occuper de deux nourrissons. Cette femme s’est toujours demandé: «Pourquoi moi et pas ma sœur?» Dans son cas, la pauvreté expliquait probablement les choses, mais beaucoup d’autres personnes ont été les victimes d’une mentalité rigide et d’une discrimination systématique.

Mon roman est en partie inspiré par l’icône féministe suisse Iris von Roten qui, en 1958, a fourni une analyse détaillée de la société suisse des années cinquante dans son ouvrage «Frauen im Laufgitter» («Femmes en cage»). Traduire ses textes m’a permis de me mettre dans la peau de mes quatre personnages principaux: une femme de fermier, une «fille de bureau», une mère célibataire d’origine yéniche et une travailleuse instruite. La traduction française de «Frauen im Laufgitter» sera apparemment publiée l’année prochaine. Enfin!

Lorsque l’on évoque le passé, il est important de ne pas réduire les femmes à leur rôle de victimes. Tout comme nous, les femmes de cette époque pouvaient être gentilles ou égoïstes, réalistes ou idéalistes. Elles s’amusaient, vivaient des histoires d’amour et aimaient être mères. Pour ma part, j’ai aimé me mettre à leur place.

À l’approche du 50e anniversaire du suffrage féminin en Suisse, il est essentiel de réfléchir à ce qu’a signifié cette longue exclusion des femmes de la vie politique. La narration est un formidable moyen de susciter de l’empathie et de la compassion envers la situation des femmes de l’époque. Voilà pourquoi je suis ravie que mon roman soit publié en français, en allemand, en italien et en anglais. Ceci dans le but principal d’atteindre les lectrices et les lecteurs suisses. Pour en savoir plus sur ce projet et le soutenir, consultez la page du financement participatif qui se poursuit jusqu’au 22 décembre.

Dans mon livre consacré à la Suisse, «La Suisse mise à nu» («Die wahre Schweiz» / «The Naked Swiss»), j’ai consacré un chapitre à la condition féminine en Suisse. Je l’ai conclu en constatant qu’il n’existe plus de distinction aussi forte entre la réalité dite masculine et la réalité dite féminine, ce qui permet aux femmes comme aux hommes d’élargir leurs horizons et de s’épanouir. La Suisse peut néanmoins se montrer encore plus innovante et attentive en matière d’égalité des sexes.

Portrait:

Clare O’Dea a exercé pendant dix ans le métier de journaliste à la SRG SSR (swissinfo.ch) avant de se lancer dans l’écriture de «La Suisse mise à nu – Un peuple et ses dix mythes» («Die wahre Schweiz – Ein Volk und seine 10 Mythen»). Auparavant journaliste à l’Irish Times, elle possède la double nationalité irlandaise et suisse et réside à la frontière linguistique du canton de Fribourg. «Le jour où les hommes ont dit non» est son premier roman.

Le dernier tango

6 février 1971. Elle danse et espère que ce sera son dernier tango. «Soumise pour le meilleur et pour le pire», ce sera de l’histoire ancienne. Demain, ils votent. Eux, qui ont tous les pouvoirs et tous les avantages, ils décident pour nous, pauvre moitié écrasée et déconsidérée. Ce soir, elle danse une dernière fois, sous la houlette de son mari. Demain, on lui donnera sa dignité, ses droits, sa place acquise après tant de sacrifices. Alors ce soir il fait doux, non la douceur d’une abnégation feinte, mais celle d’une victoire en gestation. Demain, elle dansera de joie et d’indépendance, elle sera elle pour elle-même et plus à travers lui. Demain, c’est le 7 février 1971, le jour où le sexe faible se fait une place sur le devant de la scène citoyenne helvétique.

Lise Michel est enseignante de français et d’histoire au CO de Jolimont, depuis onze ans. Elle a fait ses études à Fribourg et Florence dans les branches qu’elle enseigne. Mariée et mère de deux enfants, elle s’occupe de sa petite famille dans le village de Corminboeuf. Originaire de la Broye fribourgeoise, c’est à Estavayer-le-lac et à Font qu’elle a vécu ses premières vingt-cinq premières années. Entre la sieste des enfants et la préparation de ses cours, la jeune mère écrit pour le plaisir. Elle contribue au journal d’Estavayer: le Républicain, en y publiant des nouvelles toujours inspirées de faits réels et elle tient un blog où elle exprime des instantanés, impressions furtives, banales ou essentielles: lise11michel.blogspot.com

 

Fondation Gosteli – La mémoire des femmes suisses

Saviez-vous que…

  • dès 1905, les femmes en Suisse aspiraient à un meilleur traitement des enfants placés et que la même année, ce sont elles qui ont popularisé la formule «À travail égal, salaire égal»?
  • en 1896, près de 100’000 femmes se sont engagées dans environ 5’000 associations pour la collectivité et le bien public?
  • le Conseil fédéral s’est prononcé dès 1957 en faveur du suffrage féminin?
  • il y avait cependant aussi des femmes qui étaient fermement opposées au droit de vote?
  • les femmes prenaient aussi position sur des thèmes « dits » masculins tels que la Loi sur les fabriques, les questions économiques ou l’énergie atomique?

Bannière de la conférence des femmes de Berne, 1905 (AGoF Bro 8977)

Toutes les informations sur ces faits et bien d’autres encore sont disponibles à la Fondation Gosteli, les archives sur l’histoire du mouvement des femmes en Suisse.

Nous hébergeons plus de 450 fonds d’archives, dont près de la moitié proviennent d’organisations et d’associations comme l’Alliance F, les Femmes protestantes en Suisse (FPS) ou la Société suisse des femmes artistes (SSFA). L’autre moitié regroupe des fonds personnels de femmes ayant joué un rôle important dans des domaines tels que la politique, l’économie, l’éducation, la culture ou la société au cours des 150 dernières années, comme par exemple la politicienne Marie Boehlen, l’avocate Gertrud Heinzelmann ou encore l’entrepreneuse et pionnière de l’économie Else Züblin-Spiller. Les archives abritent également une bibliothèque spécialisée et une collection de coupures de presse de plus de 10’000 dossiers. Mis bout-à-bout, tous les documents de nos archives couvriraient près d’un kilomètre.

Aperçu de l’un des foyers pour soldats créés par Else Züblin-Spiller (AGoF 180 : 81-37)

Ces documents témoignent du fait que depuis le milieu du 19ème siècle, des femmes se sont engagées de diverses manières en Suisse et que, sans avoir de droits politiques propres, elles ont quand même marqué de leur empreinte l’histoire moderne de la Suisse. Les femmes n’ont obtenu de droits politiques au niveau national qu’en 1971, mais elles ont activement participé à la construction de la société avec leurs organisations.

Marthe Gosteli aux archives, pho-to : Elsbeth Boss

Notre fondatrice, Marthe Gosteli (22.12.1917-17.04.2017), a elle-même participé au mouvement des femmes et s’est battue pour le suffrage féminin. Elle s’est rendu compte que les associations de femmes disposaient de très nombreuses archives, mais que ces documents étaient dispersés, difficilement accessibles et désordonnés. L’historienne et Professeure Beatrix Mesmer de l’Université de Berne a confirmé cet état de fait. En 1982, Marthe Gosteli a créé la Fondation et les archives avec la conviction que «sans parité dans l’histoire, la femme n’aurajamais les mêmes droits que les hommes». Les grands accomplissements de celles qui l’avaient précédées et qui s’étaient battues à ses côtés ne devaient pas tomber dans l’oubli. L’objectif de Marthe Gosteli avec ses archives était de sauvegarder les actes des femmes pour les générations à venir et de les ancrer dans la conscience publique. Marthe Gosteli a ainsi non seulement accompli un travail de pionnière en tant que féministe, mais aussi en tant qu’archiviste et chroniqueuse du mouvement des femmes. Elle a posé les premiers jalons qui nous permettent aujourd’hui aux archives de fournir un service public professionnel et national concernant l’histoire du mouvement des femmes en Suisse.

Remettre les archives et les documents en état et les rendre accessibles, voilà les tâches principales de la Fondation. Ces documents deviennent ainsi disponibles pour la recherche et le public et peuvent être intégrés à la science, l’éducation et la culture générale. Nous exploitons ces documents dans des bases de données en ligne conformément aux normes internationales pour les archives et les bibliothèques. Ces contenus sont publics, c’est-à-dire accessibles gratuitement pour toute personne intéressée.

Archives de l’association des femmes rurales de Berne, avec les poules, vers 1928 (AGoF 139-41-08)

Nous – une équipe de trois spécialistes à temps partiel – attachons une grande importance aux conseils dispensés sur place aux archives. Mais nos contacts sont variés puisque nous donnons également des renseignements par écrit et par téléphone. Nous ne répondons pas seulement aux demandes en lien avec le vote des femmes, puisqu’il nous est aussi arrivé entre autres de rechercher des écrits d’organisations féminines sur le droit matrimonial, de rassembler des documents concernant l’élevage des poules, l’histoire du Welschlandjahr (séjour d’un an des jeunes filles alémaniques en Suisse romande) ou encore l’évolution des professions de soins, ou bien d’essayer de découvrir l’origine de l’abeille ornant le logo d’une association de femmes.

Qui fait des recherches dans les archives? Nos usagers sont variés: beaucoup d’étudiants et de chercheurs viennent nous rendre visite. C’est ainsi que chaque année, des travaux universitaires sont publiés sur la base de nos fonds. Des jeunes filles font appel à nous dans le cadre de leurs travaux de maturité et c’est souvent leur premier contact avec des archives et des manuscrits anciens. Il y a aussi des journalistes en quête de photos ou d’informations pour leurs articles. Nous recevons également des représentantes d’organisations féminines qui veulent en savoir plus sur leur histoire, par exemple en prévision d’un jubilé. Des films voient le jour grâce à nos archives: la réalisatrice Petra Volpe a effectué des recherches très poussées dans nos archives pour son film «L’Ordre divin».

Concernant les «50 ans du droit de vote et d’éligibilité des femmes» qui seront célébrés en 2021, nous sommes en contact régulier avec différents musées, collaborateurs et collaboratrices de projets qui rassemblent des documents et des informations issus de nos archives dans le cadre de leur projet pour ce jubilé.

Pétition pour le droit de vote des femmes, 1929 (collection de photos AGoF)

Le mouvement des femmes a adapté ses causes et ses pratiques à chaque époque. En tant que centre de documentation, nous suivons aussi avec attention les débats actuels. Dans le cadre de la grève des femmes de 2019 par exemple, nous avons archivé des articles de presse, des brochures, des tracts et des appels à la grève. Nous continuons à prendre spécifiquement en charge des fonds de femmes et d’organisations féminines. C’est ainsi que l’on nous a récemment confié les fonds personnels d’Anne-Marie Rey, qui s’est battue sans relâche pour décriminaliser l’avortement, ou encore les archives de l’Association suisse des jardinières (Schweizerischer Gärtnerinnenverein), qui luttait pour des conditions de travail meilleures et plus équitables et qui a été dissoute après 102 ans d’activité.

Brochure issue des archives de l’Union suisse pour décriminaliser l’avortement (AGOF 326)

L’archivage et la transmission du savoir ne sont pas gratuits. Tous les ans, la Fondation a en moyenne un déficit de CHF 120‘000 à couvrir avec ses avoirs en constante diminution. Des contributions de tiers sont indispensables pour assurer une sauvegarde durable de la Fondation et des archives et pour que la Fondation arrive à suivre le rythme de l’ère numérique. Le conseil de fondation mise sur un financement à piliers multiples : capitaux propres, dons, soutien des organisations féminines versantes ainsi que des contributions régulières de la part des pouvoirs publics. En réponse à une motion de 2017, le canton de Berne a laissé entrevoir des contributions dans la mesure où le Conseil fédéral accorderait lui aussi des contributions.

En juin 2019, la Fondation Gosteli a déposé une demande de subvention auprès du Conseil fédéral. La demande est en cours d’examen par le Conseil suisse de la science et le Secrétariat d’État à la formation, à la recherche et à l’innovation (SEFRI). Le Conseil national et la Commission de la science, de l’éducation et de la culture du Conseil des États ont déjà publié une motion demandant à garantir le maintien et le développement des archives: https://www.parlament.ch/fr/ratsbetrieb/suche-curia-vista/geschaeft?AffairId=20203006

Les sources relatives à l’histoire des femmes et au mouvement des femmes en Suisse sont en constante augmentation. La Fondation Gosteli assure les bases afin de pouvoir continuer à étudier l’histoire des femmes en Suisse maintenant et à l’avenir. Toute visite ou recherche est la bienvenue!

Visite des archives numérique: portrait vidéo sur la Fondation Gosteli réalisé à l’occasion de la remise du Prix de la culture de la commune bourgeoise de Berne 2017.